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- Productions animales

"Les métiers ont beaucoup évolué" selon Pascale Pariost - Directrice générale d'Allice

"Les métiers ont beaucoup évolué" selon Pascale Pariost - Directrice générale d'Allice

2 800 personnes travaillent en France dans les branches de la sélection et de la reproduction animales. Allice, ex-UNCEIA (Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination animale), fédère les entreprises du secteur.

Pouvez-vous nous présenter Allice ?
Pascale Parisot :Allice est une union de coopératives d’élevage qui fédère des entreprises de mises en place (insémination) et/ou de sélection génétique. Nous comptons 59 adhérents, ce qui représente un chiffre d’affaires de 378 millions d’euros sur l’ensemble du secteur. Tous les membres d’Allice bénéficient de l’insémination artificielle ou du transfert d’embryon pour faire fonctionner les schémas de sélection. 90 % des inséminations bovines sont réalisées par les adhérents d’Allice. La part restante est effectuée par les vétérinaires ou certains éleveurs. En caprins, l’unique entreprise de sélection est adhérente à Allice tandis qu’en ovins, les centres d’insémination adhèrent à Allice à travers l’Association nationale de l’insémination ovine (Anio).

Quelles sont les missions principales des 49 employés qui composent votre structure ?
P .P. : Nous proposons des services mutualisés aux entreprises adhérentes, sans toucher à leur souveraineté. Nous proposons des thématiques de recherche et développement (R & D), sur lesquelles tous peuvent progresser. Allice étant neutre, nous pouvons aller chercher des financements. Notre service juridique, qui se compose de quatre personnes, a pour mission d’anticiper les évolutions réglementaires et apporte une aide quotidienne à nos adhérents. Nous appuyons également les entreprises sur la communication, l’export (les marchés intéressants qui ont été identifiés, les règles sanitaires…), la formation, le développement du génotypage et des nouveaux outils de détection des anomalies génétiques…

Votre équipe R & D compte 25 personnes. Sur quels programmes de recherche travaillez-vous, et avec quels partenaires ?
P. P. : Allice finance avec trois actionnaires principaux – le Cniel1, Interbev et la CNE2 – ainsi que l’Institut de l’élevage, FCEL3 et Neovia4, des programmes de recherche dans le cadre de la société Apis-Gene, à hauteur de 1,2 million d’euros par an. Nous travaillons sur deux axes : la physiologie et la reproduction, afin d’améliorer, notamment, les résultats de l’insémination, et le génome. Nous cherchons à identifier la corrélation entre des caractères d’intérêt – comme la résistance à une maladie – et le génome, et travaillons à la modélisation mathématique de l’expression des caractères. Dans les domaines de la génétique et de la physiologie, l’Inra constitue un partenaire très important. Environ un tiers de l’équipe R & D travaille sur des questions génétiques, un tiers sur des sujets statistiques en lien avec la génétique. Les autres membres de l’équipe travaillent sur la reproduction ainsi que sur l’étude des embryons et gamètes, notamment à notre station de phénotypage située en Indre-et-Loire. Allice est actionnaire d’Apis-Gene.

Votre organisme a-t-il une participation active dans d’autres structures ?
P. P. : Allice est un groupe. Derrière l’Union de coopératives, les cadres d’Allice animent des structures dédiées à des fonctions bien précises dont : le Syndicat national des centres d’insémination animale (SNCIA) pour le dialogue social entre employeurs et salariés ; le Laboratoire national de contrôle des reproducteurs (LNCR), situé à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), pour son expertise sanitaire ; et l’Association nationale de formation professionnelle pour l’élevage et l’insémination animale (ANFEIA), dédiée à la formation personnelle. Le centre de formation est situé juste à côté de notre station expérimentale d’Indre-et-Loire, au coeur du centre Inra Val-de-Loire et à proximité des écoles d’ingénieurs et de l’université François Rabelais. Cet écosystème est parfait pour allier R & D et formation. L’ANFEIA accueille des candidats en formation initiale afin qu’ils passent le certificat d’aptitude aux fonctions de technicien d’insémination (Cafti) et propose aussi des formations en continu sur le métier (sélection génomique, techniques de transfert d’embryon…) et l’environnement du métier (commercial, juridique…).

De quelle manière les besoins en formation ont-ils évolué ces dernières années ?
P. P. : De nouveaux besoins en formation sont apparus avec l’évolution du métier sur la recherche ou encore sur les évolutions juridiques, comme avec le nouveau règlement zootechnique de l’Union européenne5. On observe par ailleurs un écart de plus en plus important entre l’agriculteur, l’élevage et la société. Les tensions sont croissantes. La vision de l’acte de reproduction des animaux par la société est décalée par rapport à la réalité. Les adhérents apprennent donc à communiquer, pour être en mesure d’expliquer leurs pratiques. Le métier a également beaucoup évolué d’un point de vue technique et demande aux inséminateurs de se mettre à jour. Ces dernières années, il y a eu une montée en puissance du génotypage. Les schémas d’accouplement s’appuient sur les génomes des mâles et des femelles. Autrefois, les sélectionneurs visaient avant tout la quantité de lait, de viande, mais aujourd’hui, le modèle a changé. On va rechercher plus de gènes relatifs à l’efficacité alimentaire, à une meilleure résistance aux maladies, à une diminution des gaz à effet de serre, à une meilleure adaptation des animaux à l’environnement afin d’éviter par exemple les boiteries… La génétique doit permettre de répondre aux préoccupations de la société sur le bien-être animal et l’environnement. Enfin, toujours dans le souci d’adapter nos métiers aux besoins des éleveurs et des entreprises, deux certificats de qualification professionnelle (CQP) ont par ailleurs été créés : technicien conseil en gestion de la reproduction animale (TCGRA) et animateur d’équipe et de territoire (AET).

Quels sont les défis à relever par Allice ainsi que par ses adhérents dans les années à venir ?
P. P. : Notre évolution est surtout liée à la façon dont nos adhérents se positionnent sur les thématiques. En 2006, il y a eu une libéralisation du marché et, depuis, les entreprises sont entrées en concurrence. Aujourd’hui les rapports de taille des structures sont hétérogènes aux niveaux des systèmes d’information génétique, de performance… En tant que fédération, nous devons proposer des services mutualisés adaptés à tous les adhérents d’Allice, au niveau de la veille, de la prospective, du social ou encore du réglementaire. Une de nos perspectives de développement consiste, par ailleurs, à continuer à nous ouvrir à l’international, à travailler avec nos partenaires européens, car parmi nos principaux concurrents figurent les États-Unis et l’Australie. Au sein d’Allice, nous devons également travailler l’image de performance de la génétique française, quelles que soient les espèces et les races de ruminants, en les appuyant dans leur développement.

(1) Centre national interprofessionnel de l’économie laitière.
(2) Confédération nationale de l’élevage.
(3) France conseil élevage.
(4) Ex-InVivo NSA.
(5) Le règlement entrera en application le 1er novembre 2018.