En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez que les cookies soient utilisés afin de vous proposer des contenus pertinents et une meilleure expérience. En savoir plus

Agriloops : l'aquaponie innove

Agriloops : l'aquaponie innove

Entreprise créée en 2016 par deux jeunes ingénieurs d’Agrocampus Ouest, Agriloops apporte une réelle innovation en produisant des espèces d’eau salée en bassin dont les effluents sont récupérés pour fertiliser des légumes.

Si vous vous intéressez aux start-up multiprimées, sans doute connaissez-vous Agriloops ! Fondée par Jérémie Cognard, aujourd’hui directeur général, et Romain Vandame, directeur technique, l’entreprise s’est spécialisée dans la production en aquaponie. Le principe est d’élever des poissons en bassin et d’en récupérer les effluents pour cultiver et pour fertiliser des légumes. Contrairement aux sociétés qui se sont déjà lancées dans ce secteur novateur, Agriloops s’est donné comme challenge d’élever des espèces non pas en eau douce, mais en milieu salé. « Le point de départ de notre idée, raconte Jérémie Cognard, remonte à notre rencontre en classe préparatoire biologie, chimie, physique et sciences de la terre (BCPST) de Clermont-Ferrand. À l’époque, nous discutions déjà de notre alimentation et de nouvelles façons de produire. Nous avons ensuite approfondi nos échanges puisque, tous les deux, nous avons intégré Agrocampus Ouest de Rennes. Nos voyages respectifs durant notre cursus nous ont aidés à mûrir nos réflexions et à bâtir le projet d’aujourd’hui. » Au Canada et au Kenya, Jérémie Cognard a travaillé dans différentes structures spécialisées dans la production végétale hors-sol : ce que l’on appelle aujourd’hui l’hydroponie. En Amérique centrale et au Mexique, Romain Vandame a découvert l’aquaculture et la production de poissons d’eau de mer. « C’est ainsi qu’il a touché du doigt les impacts négatifs que peut engendrer ce type d’élevage sur l’environnement, précise Jérémie Cognard. La production de crevette, par exemple, détruit la mangrove qui pourtant capte six fois plus de gaz carbonique que la forêt amazonienne. Avec l’aquaponie, nous pouvions réunir nos deux expertises. C’est ainsi qu’est née Agriloops. »

Vers une production de haute qualité

L’étude de marché et la connaissance de plus en plus précise de l’aquaponie ont poussé les deux ingénieurs vers la production de crustacés en eau salée. « L’élevage en aquaponie de poissons d’eau douce est faiblement rémunérateur, souligne Jérémie Cognard. En revanche, celui de gambas, ces grosses crevettes très appréciées des consommateurs, paraissait beaucoup plus attirant. » Les deux ingénieurs se lancent alors un défi : produire des gambas non congelées (la plupart des crevettes consommées en France sont importées et congelées), sans antibiotiques, sans additifs ni colorants. Par ailleurs, les légumes fertilisés par les effluents des bassins de gambas seraient plus riches en sucres, en vitamine C et autres oligoéléments. Enthousiastes, les deux amis commencent alors leurs tests en laboratoire pour prouver que le concept fonctionne. En parallèle, ils entrent dans les démarches propres aux start-up que sont les recherches de financement et d’accompagnant de leur projet. Ils intègrent l’incubateur d’AgroParisTech et bénéficient d’un laboratoire pour leurs expériences. Ils apprennent techniquement à gérer une entreprise, à managervle personnel et à rechercher des capitaux dans l’incubateur Agoranov.

Quand la phase laboratoire nécessite de passer à l’étape suivante et de construire un pilote exigeant davantage de place, ils sont alors accueillis sur le site d’Agrocampus Ouest à Rennes. Leur espace de travail actuel comprend 80 m² de laboratoire et 100 m² en extérieur pour leur ferme pilote. « Je jongle entre Paris et Rennes, raconte Jérémie Cognard. Nous sommes en contact avec de nombreuses entreprises, comme des cabinets spécialisés en ingénierie aquacole ou en production végétale qui nous ont accompagnés sur le design de la ferme pilote et qui travaillent aujourd’hui sur le chiffrage de notre future ferme. Avec d’autres partenaires, nous abordons les problématiques de propriétés intellectuelles et de la nouvelle réglementation sur les secrets d’affaires. Nous collaborons également avec les services vétérinaires pour comprendre les rouages de la réglementation et son interprétation possible pour une production nouvelle comme la nôtre. Nous nous sommes appuyés aussi sur des ingénieurs agronomes. »

Un nouvel appel de fonds en 2020

Durant deux ans, les deux fondateurs ne se rémunèrent pas. « Pour ma part, je touchais le RSA et Romain a bénéficié du chômage. Nous avons eu la chance aussi d’être soutenus par nos compagnes compréhensives pour lancer le projet », explique Jérémie Cognard. L’entreprise est créée en juin 2016. La recherche de fonds se matérialise par une première subvention de Bpifrance. Des investisseurs s’intéressent à l’entreprise : un vétérinaire aquacole, un spécialiste du marketing de produits de la mer et Ÿnsect, ancienne start-up, qui élève des insectes afin de produire des ingrédients naturels, de qualité, pour l’aquaculture et pour la nutrition des animaux de compagnie. Une deuxième subvention Bpifrance a permis de construire la ferme pilote. Lauréats de l’accélérateur Wilco, ils obtiennent un prêt d’honneur de 60 000 euros. Suivront ensuite d’autres concours et d’autres apports financiers (Vegepolys, AgroParisTech…). Début 2019, la première levée de fonds est une réussite. Grâce au crowdfunding Sowefund, BNP Parisbas développement, différents angels businesses (investisseurs physiques) et une subvention du Fonds européen pour les affaires maritimes et pour la pêche (FEAMP), Agriloops a réuni plus de 1,4 million d’euros. « Nous pouvions ainsi poursuivre la construction de la ferme pilote et embaucher du personnel », se réjouit Jérémie Cognard. Une deuxième levée de fonds est programmée au premier trimestre 2020 pour entamer la construction d’une ferme aquacole commerciale. Elle devrait produire 20 tonnes de crevettes et 40 tonnes de légumes. « Aujourd’hui, nous assurons le suivi ainsi que la planification de la stratégie et des financements à moyen et à long terme, indique Jérémie Cognard. Notre objectif est de décliner géographiquement
ce modèle. Aussi, avons-nous l’intention de le reproduire hors de nos frontières, d’abord avec la crevette, puis avec d’autres espèces aquacoles. »

—— Marie-Dominique GUIHARD (Tribune Verte 2927)

Recrutement : DES POSTES LOGIQUEMENT POLYVALENTS

Les premières embauches ont débuté en 2018. Le premier poste, très polyvalent, correspond à un profil ayant obtenu un mastère en aquaculture à Agrocampus Ouest de Rennes. Il gère tout ce qui est en lien avec le système technique de la production (température, pH, éléments dissous, mécanique du circuit fermé…), sa modification et son amélioration. Afin de le superviser et de l’accompagner, deux nouveaux recrutements ont eu lieu, un chef de production et un technicien aquacoles. L’entreprise recherche deux personnes pour remplacer ces deux postes sur le long terme. Pour la partie légumes, Agriloops a recruté un ingénieur agronome qui puisse à la fois gérer la production végétale mais aussi la partie recherche et développement. L’entreprise cherche aussi une nouvelle personne pour ce poste, pour le plus long terme également. « Dans une jeune entreprise comme la nôtre, remarque Jérémie Cognard, les postes sont logiquement polyvalents. » Avec les fondateurs, six personnes et deux stagiaires travaillent aujourd’hui à Agriloops.