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Emploi en élevage « plus d'offres que de candidats ! »

Emploi en élevage « plus d'offres que de candidats ! »

Comment se porte le marché de l’emploi dans le secteur de l’élevage ? Quelles sont les compétences nécessaires pour travailler dans ce domaine ? Les formations en élevage attirent-elles toujours ? Nous faisons le point avec Philippe Béaur, délégué régional à l’APECITA, François-Xavier Lebreton, responsable du pôle élevage à la Chambre d’Agriculture du Cantal, et Jean-François Besson, directeur de l’Eplefpa de Brioude-Bonnefont-Saugues.

Quelles tendances se dégagent du marché de l’emploi dans le secteur de l’élevage ?
Philippe Béaur : Les filières d’élevage constituent un vivier important d’offres d’emploi sur le territoire national. Toutes les espèces réclament des bras et des têtes quelles que soient les tâches requises. Mais le marché est en tension : il y a plus d’offres que de candidats ! En effet, la production animale n’a plus la même attractivité, et les employeurs peinent à recruter. Tous les métiers sont touchés, de l’élevage au conseil, en passant par le commerce. Toutefois, les métiers les plus proches de la production sont les plus impactés. Pourtant les postes en production animale offrent une certaine sécurité, avec 71 % de CDI parmi les offres diffusées sur l’APECITA.
Jean-François Besson : Il semblerait qu’il y ait un besoin de plus en plus fort en salariés agricoles, que nous n’arrivons pas à fournir. Pour remplacer un salarié de l’exploitation agricole du lycée, nous avons eu du mal à recruter, et n’avons eu que trois ou quatre candidats. En service de remplacement également, il y a de plus en plus de demandes et pas assez de salariés. Cela s’explique par l’évolution de la société : les éleveurs veulent dorénavant pouvoir prendre des vacances, des week-ends, et sollicitent davantage ces services qu’auparavant.

Quelles compétences sont les plus recherchées dans ce secteur ?
P. B. : Les connaissances zootechniques restent le pilier des attentes des employeurs. Cependant, à ces connaissances s’ajoutent des savoir-être tels que la facilité dans la relation, ou la capacité de compréhension globale d’un système d’exploitation. La présence accrue des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) requiert de plus en plus de connaissances dans le maniement des outils informatiques, mais aussi des compétences pour vulgariser ces nouvelles technologies auprès des éleveurs. De plus, la montée en puissance des activités de développement local ouvre la porte à des profils plus transversaux, avec des compétences en animation et en gestion de projets. Dans les grandes entreprises, des profils non agricoles peuvent également trouver leur place dans des postes de marketing et communication, si tant est qu’ils s’intéressent aux contraintes de l’agriculture.
François-Xavier Lebreton : Dans les métiers du conseil en élevage, les compétences techniques restent en effet importantes, mais aujourd’hui il ne suffit plus d’être un très bon zootechnicien. Il faut savoir prendre du recul sur l’exploitation, comprendre les besoins des éleveurs et faire le lien vers les autres conseillers spécialisés. Il n’y a plus de recettes toutes faites, de modèle unique, la performance n’est plus une finalité. L’aptitude à l’écoute et au diagnostic devient primordiale afin de proposer les solutions pertinentes pour chaque élevage. En tant que recruteur, nous regardons donc les aptitudes relationnelles, pour nouer des relations de confiance, et les compétences commerciales, pour convaincre les éleveurs de la plus-value d’une prestation de conseil. De nouvelles compétences sont aussi à développer dans des domaines à enjeux forts : l’environnement, le changement climatique, le carbone. Il s’agit à la fois d’intégrer ces thématiques dans le conseil en élevage, mais également de développer de nouveaux métiers, spécialisés dans ces domaines.

Est-ce que les formations évoluent pour s’adapter à ces nouveaux besoins en compétences ?
J.-F. B. : Tout à fait, les référentiels de formation s’adaptent en permanence aux besoins du secteur, le ministère est très réactif. Les référentiels sont aujourd’hui beaucoup plus ouverts qu’il y a quelques années et intègrent mieux l’aspect systémique des exploitations. On travaille toujours sur l’animal, mais cet animal se place dans un système. Il y a également un module diversification obligatoire pour que les jeunes s’ouvrent à d’autres productions. Les stages aussi doivent s’effectuer à une distance minimum du domicile familial, toujours dans le but de maximiser l’ouverture. Nous essayons aussi de développer les compétences de communication des apprenants. La langue étrangère a pris une place plus importante et plus professionnelle dans le programme des BTS : il faut pouvoir communiquer avec le plus grand nombre, parler de ses produits, de son exploitation, notamment si on fait de l’accueil à la ferme. Nous les préparerons aussi à la recherche d’emploi ou aux négociations à la banque. Par exemple, nous
organisons des oraux blancs avec des banquiers, lors desquels ils doivent présenter un projet d’installation.
F.-X. L. : J’ai l’impression que les compétences transversales – relationnelles, commerciale, d’animation, de gestion de projets – sont de mieux en mieux prises en compte dans les formations. Toutefois, je pense qu’il est possible de faire encore plus. Nous misons aussi sur la formation continue des conseillers, avec un plan de formation où ils abordent la posture de conseil, la démarche commerciale, l’organisation d’une visite en élevage ou encore la traduction du conseil par écrit. Un tutorat de quelques semaines est également organisé pour les jeunes conseillers : ils peuvent ainsi se former techniquement sur le terrain.

Les formations dans le secteur de l’élevage attirent-elles encore ?
P. B. : Les filières de formation agricole continuent d’attirer de nombreux jeunes, et les reconversions vers certaines formes d’agriculture sont assez fréquentes. Les publics ont changé, avec moins d’enfants d’agriculteurs, des jeunes plus proches de l’environnement, chez qui on sent moins d’attirance pour la production.
J.-F. B. : C’est vrai que les publics ont évolué, de plus en plus d’adultes suivent le brevet professionnel responsable d’exploitation agricole, beaucoup sont en reconversion professionnelle, surtout ces deux dernières années : en Auvergne-Rhône-Alpes, cela oscille entre 25 % en zone rurale du Cantal ou de la Haute-Loire à 80 % en zone plus urbaine, dans le bassin lyonnais ou la Drôme. Ces adultes en reconversion professionnelle s’orientent vers de petites structures, pour un retour à un métier qui a plus de sens que leur métier antérieur. En formation initiale également, le public évolue. En filière générale, nous avons 60 % d’élèves qui ne sont pas issus du milieu agricole. En filière professionnelle, cette part augmente également, avec des jeunes qui ont découvert le milieu agricole par des voisins, ou au collège. Ce sont des jeunes qui savent qu’ils veulent travailler dans le milieu de l’élevage. Sur les filières plus longues, les profils peuvent être différents, avec des jeunes intéressés par les métiers du vivant. Certains passent par des BTS pour accéder aux écoles d’ingénieurs. Les poursuites post-Bac sont beaucoup plus importantes qu’il y a quelques années : on est entre 60 et 80 % selon les années et les filières. Il faut dire que nous incitons les jeunes à poursuivre leurs études, et à s’ouvrir à différentes expériences, même si leur projet est de s’installer par la suite. Dans tous les cas, les filières de production animale restent attractives, et chaque année nous devons refuser des jeunes pourtant motivés. Il y a une grande sélection qui s’opère, et le niveau est très élevé, les apprenants sont passionnés, ils ont des projets. Attention toutefois, ce n’est pas parce que nous remplissons les classes que nous formons assez pour satisfaire la demande des entreprises, le besoin en main-d’oeuvre est énorme !

— Propos recueillis par Agathe LEGENDRE