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Éric Philippe Président de Valorial « L’innovation autour de l’aliment plus intelligent »

Éric Philippe Président de Valorial « L’innovation autour de l’aliment plus intelligent »

Réseau dédié à l’innovation agri-alimentaire en mode collaboratif, Valorial accompagne les entreprises et les chercheurs dans le développement de leurs projets d’innovation autour de l’aliment plus intelligent et plus transparent. Éric Philippe, son président, nous présente ce pôle de compétitivité du Grand-Ouest et nous livre sa vision de l’aliment de demain.

Pouvez-vous nous présenter ce qu’est exactement Valorial ?
Éric Philippe : Il s’agit d’un pôle de compétitivité dédié à la valorisation de la recherche et de l’innovation alimentaire. Créé en 2006, il fédère 360 adhérents : des entreprises agroalimentaires privées ou des coopératives, dont plus de 60 % d’industriels, des fournisseurs de solutions ainsi que des organismes de recherche et de formation. Ancré dans trois régions du Grand-Ouest (en Bretagne, en Normandie et dans les Pays de la Loire), premier bassin agroalimentaire en France, il a pour vocation d’optimiser les chances de succès de projets d’innovation alimentaire de plusieurs filières (produits laitiers, céréales, viande de boucherie, volaille, charcuterie salaison, légumes, produits de la mer ou boulangerie-pâtisserie) en intervenant dans cinq domaines d’expertise : la nutrition santé, la qualité et la sécurité des aliments, les technologies de production, de transformation et de conservation, le marketing alimentaire et les ingrédients fonctionnels. Le métier de Valorial est la labellisation et l’ingénierie de projets d’innovation, au service d’une alimentation plus saine, plus sécurisée et moins polluante. Son organisation, en mode collaboratif, fait que chaque projet associe systématiquement des acteurs économiques (industriels de l’agroalimentaire, équipementiers, fournisseurs d’emballages, sociétés de services…) à des partenaires de recherche (universités, centres de recherche publique…). Au-delà de ce coeur de métier, Valorial déploie d’autres services pour ses adhérents. En amont, il les accompagne dans la structuration des projets d’innovation, propose des outils de veille afin que chacun puisse anticiper les évolutions et les tendances des marchés alimentaires ou suivre la réglementation. En aval, il les accompagne dans le passage à la phase de valorisation économique.

Combien de projets d’innovation ont été labellisés par Valorial ?
É. P. : Depuis sa création, Valorial a labellisé 470 projets collaboratifs innovants, représentant un investissement en R & D d’un milliard d’euros. Parmi eux, nous pouvons citer AAginov, qui vise à développer une gamme de solutions culinaires adaptées aux besoins spécifiques des seniors, ou encore ProtAlSafe, qui cherche à développer un complément alimentaire permettant d’améliorer le confort digestif des malades coeliaques (ou intolérants au gluten). En 2019, 30 nouveaux projets d’innovation collaboratifs ont été labellisés.

En tant que président de ce pôle de compétitivité agroalimentaire du Grand-Ouest, comment voyez-vous l’aliment de demain ?
É. P. : L’aliment est et restera un produit de première nécessité, mais aussi un vecteur de santé, de plaisir et de convivialité. La qualité devra être accessible à tous, à un prix acceptable, et non réservée à une niche. Je considère qu’il faut faire confiance aux consommateurs, qui sont pour la plupart matures, prêts à choisir un produit au meilleur rapport qualité/prix dès lors qu’ils sont bien informés sur l’origine, sur les modes de production, sur la composition et sur la qualité. En les sensibilisant, nous allons naturellement vers un mieux-disant. L’aliment de demain devra prendre en compte les critères de développement durable, être transparent sur sa composition et sur sa provenance, et respectueux de l’environnement dans son mode de production. Les grands distributeurs doivent contribuer à cette transparence et laisser les consommateurs choisir.

Quel est votre regard sur la dynamique d’innovation en agroalimentaire ?
É. P. : La dynamique d’innovation est très forte en agroalimentaire et s’accélère depuis le début de la crise sanitaire de la Covid-19 et la prise de conscience des dangers de la malbouffe, de la délocalisation et de la dépendance alimentaire. Les entreprises agroalimentaires sont de plus en plus engagées dans des démarches de traçabilité des matières premières, de réduction de chimie et d’additifs, d’économie d’énergie, d’eau, d’emballages (avec le vrac, le recyclable) et de réduction d’empreinte carbone, et sont de plus en plus responsables sur la sécurité des salariés au travail. Ces changements de pratiques, qui sont une réponse aux exigences des consommateurs, sont une chance pour l’agroalimentaire, qui peut fournir un aliment courant de qualité, issu de matières premières locales, et pas forcément beaucoup plus cher.

Pouvez-vous nous présenter l’usine Agro du futur, projet porté par Valorial ?
É. P. : Les exigences et les besoins des consommateurs, les marchés de plus en plus imprévisibles et les défis à relever pour nourrir la planète imposent à l’industrie agroalimentaire des adaptations permanentes ainsi qu’une évolution de son outil de production pour rester compétitive. C’est dans ce contexte que Valorial Bretagne développement innovation (BDI) et leurs partenaires de l’innovation des industriels agroalimentaires bretons et de l’Ouest ont créé l’usine Agro du futur. Il s’agit d’une vitrine de l’innovation de 460 m2 installée au Carrefour des fournisseurs des industries agroalimentaires (CFIA), qui permet aux entreprises agroalimentaires de découvrir des solutions industrielles concrètes sur une ligne de production agile en fonctionnement. Plus d’une trentaine d’entreprises et de centres techniques se mobilisent pour montrer aux visiteurs les technologies disponibles ou en cours de développement (robotique et cobotique, intelligence artificielle, scan et impression 3D, photonique, vision industrielle, IOT…) au service de la modernisation des process et de la performance de l’outil de production. L’innovation et la relocalisation des productions se feront sur des modèles techniques innovants, plus performants et respectueux du produit et de l’impact environnemental. C’est une chance d’avoir la possibilité de reconstruire sur ces nouveaux standards !

Nos IAA seront-elles différentes demain ? Quels seront les nouveaux besoins en compétences dans ces entreprises ?
É. P. : Nos IAA seront là demain et plus engagées encore, pour répondre aux besoins des consommateurs en produits locaux et de qualité. Elles vont nécessairement continuer à évoluer vers une production qui prendra en compte les critères de développement durable, vers des aliments transparents sur leur composition et sur leur provenance, respectueux de l’environnement. Ces entreprises engagées dans ce « produire et nourrir autrement » vont recruter davantage de collaborateurs dotés d’une expertise dans les domaines d’une agriculture plus durable, des économies d’énergie, de la traçabilité, de la sécurité dans l’entreprise et du e-management. En parallèle, les jeunes étudiants et les agriculteurs ne se réinvestiront dans nos filières agroalimentaires qu’à la condition que celles-ci répondent aux attentes des consommateurs. L’agribasching n’est pas durable.

Vous êtes par ailleurs vice-président de Merci les algues. De quoi s’agit-il ?
É. P. : Merci les algues est une association née en janvier 2020 dont l’ambition est de proposer aux consommateurs des produits alimentaires issus de filières agricoles durables et responsables s’appuyant sur les bienfaits de l’algue marine, une ressource locale, traçable et durable. Grâce aux extraits d’algues, il est possible de réduire l’usage d’additifs de synthèse, de pesticides et d’antibiotiques en agriculture et en agroalimentaire, et de promouvoir une agriculture durable par une alimentation responsable. À ce jour, cinq filières agricoles sont engagées dans la démarche Merci les algues (le poulet, l’oeuf, la pomme de terre, la dinde et le blé). L’association, qui rassemble des scientifiques, des récolteurs et producteurs d’algues, des agriculteurs et des éleveurs, des fabricants d’aliments et des transformateurs, se donne pour mission de développer des modèles agricoles et agroalimentaires vertueux par la mise en place de programmes techniques d’élevage, de culture et de transformation soutenus par des solutions algo-sourcées. L’association Merci les algues pourra aussi accompagner le développement des algues alimentaires, qui séduit de plus en plus de consommateurs. Elle entend donc promouvoir la démarche auprès des différents maillons de la chaîne agroalimentaire jusqu’aux consommateurs.

—— Propos recueillis par Danielle BODIOU (Tribune Verte 2948)

Valorial : EN CHIFFRES

  • 362 adhérents, dont deux tiers d’industriels représentant plus de 800 structures.
  • Une communauté de plus de 4 000 innov’acteurs, contacts et partenaires potentiels.
  • 1 600 participants aux 30 événements organisés par Valorial en 2019 & 200 RDV BtoB réalisés.
  • L’usine à projets : 470 projets collaboratifs innovants accompagnés depuis 2006.
  • 30 nouveaux projets collaboratifs accompagnés en 2019.
  • 1 milliard d’euros investis en R & D au total depuis 2006.
  • 240 projets terminés.
  • 40 M€ de financements publics obtenus aux AAP FUI-Régions sur 2013-2019.
  • 3 projets européens dont Valorial est partenaire.
  • Une équipe d’animation de 16 personnes.