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Etape 2 pour la création d'entreprise : chiffrer son projet

Etape 2 pour la création d'entreprise : chiffrer son projet

Palier essentiel du projet entrepreneurial, le financement doit être maîtrisé dès le départ pour ne pas fausser la donne. Un processus qui peut s’avérer long si le futur patron ne dispose pas de fonds personnels. Fort heureusement, des structures dédiées existent. Elles servent de guides pour les personnes désireuses de créer ou de reprendre une activité, en les dirigeant notamment vers les aides disponibles.

Bien envisager sa création ou sa reprise d’activité implique de préparer en amont un plan de financement approprié à sa situation. En chiffrant son projet, le futur chef d’entreprise a aussi la possibilité d’ajuster son budget en fonction des solutions qui peuvent lui être proposées. Point commun de ces deux volets : dans chaque cas, l’argent disponible ou recherché devra plutôt être introduit avant l’ouverture de la société. Comme l’explique Nathalie Carré, experte entrepreneuriat au sein de CCI France, « quand une personne crée une entreprise, elle part de rien, et c’est plus facile de partir de ce qu’on a que d’aller chercher chaque ressource ». Un sentiment partagé par Hélène Formery, responsable du financement et de l’animation des réseaux de la création chez Bpifrance. C’est aussi pour cette raison « qu’il ne faut surtout pas sous-dimensionner son financement », ajoute-t-elle. Un processus qui prend forcément du temps, avec des étapes de réflexion, des périodes de doute, et de la patience, une levée de fonds pouvant prendre plusieurs mois. Pour les plus jeunes comme pour les plus expérimentés, il ne s’agit pas de tomber dans un inventaire à la Prévert mais de bien évaluer son plan.

Être accompagné ou redirigé vers le bon organisme

Sur ce point, Hélène Formery rappelle que certains critères, comme le « coût de l’investissement et le besoin en fonds de roulement », demeurent essentiels dans la gestion de l’aspect financier. Matériels informatiques et immobiliers, charges de personnel, stocks, loyer, fournisseurs d’énergie… autant d’éléments auxquels un responsable en devenir ou qui reprend une société doit penser pour ne pas ensuite être pris au dépourvu.

Seule certitude pour les deux spécialistes : rien ne remplace l’accompagnement, dans le secteur agricole en particulier.  Surtout pour une création d’entreprise ! À ce sujet, Nathalie Carré insiste sur le fait que CCI France « n’accompagne pas des créateurs mais des futurs chefs d’entreprise qui doivent savoir ce qu’est la définition d’un résultat, et surtout identifier le lien entre une stratégie opérationnelle et les chiffres ». L’experte entrepreneuriat le martèle : « Sur le plan de financement, Il faut éviter d’y aller seul. » Sur la question du plan de relance en particulier, les chambres d’agriculture n’hésitent pas à détailler les types de financement disponibles (participatif, avec notamment la plateforme Miimosa, garantie bancaire, dotation Jeune Agriculteur, aides complémentaires à la DJA). Elles n’omettent pas non plus d’informer que d’autres aides restent spécifiques à chaque région ou chaque département.

Des aides adaptées à un secteur spécifique

Au sein de Bpifrance, même constat, ou presque, que la CCI France. Et un rôle quasi similaire auprès des entrepreneurs. « Nous n’intervenons pas directement », précise Hélène Formery, « ce sont les quatre réseaux généralistes (France Active, Initiative France, réseau Entreprendre, et l’Adie) qui ont des programmes spécifiques pour l’agriculture ». Indirect ou pas, le rôle de la CCI France ou de Bpifrance est bien d’aiguiller le futur patron sur la manière de financer. Libre ensuite à ce dernier de suivre, ou non, les conseils prodigués. Dans tous les cas et à chaque étape du processus, le projet doit demeurer en adéquation avec le financement.

Une donnée qui peut paraître évidente au premier abord dans certains domaines, mais qui ne l’est pas forcément pour le monde agricole, peu de secteurs ayant pour objectif prioritaire de nourrir la population. « Sur les aides d’États, c’est un régime spécifique », éclaire Hélène Formery, « des outils bancaires particuliers existent également, comme les crédits de campagne qui permettent de financer une récolte sur une année ». Mais, concède la responsable du financement et de l’animation des réseaux de la création chez Bpifrance, « en matière de nature de l’offre, il n’y a pas énormément d’aides à la création d’entreprise : fonds propres, trophées, concours… Ce sont les régions, les communautés d’agglomération, les ministères, et quelques aides européennes qui vont déterminer la manière dont elles sont construites ». Autre donnée à prendre en compte : le modèle que le « bâtisseur » souhaite impulser. Concernant l’agriculture, Nathalie Carré souligne qu’il y a « des aides et des financements spécifiques qui dépendent du modèle d’entreprise que la personne veut avoir : mettra-t-elle un gîte, y aura-t-il des bêtes, des céréales ? Si c’est pour faire des hectares et des hectares de céréales, elle ira chercher les aides européennes. Aujourd’hui, il y a aussi des aides à l’innovation au niveau de l’Ademe. »

L’appui, qu’il soit financier ou moral, reste donc un atout dans cette montée des marches progressive représentée par la création ou la reprise d’entreprise. Sauf, bien évidemment, pour celles et ceux qui ne font pas appel aux subsides externes. Après tout, justifie Nathalie Carré, « aujourd’hui, il n’y a que 40 % des entrepreneurs qui ont besoin de financements extérieurs, car il y a 70 % de microentrepreneurs ». Pour l’experte entrepreneuriat de la CCI France, « le meilleur moyen, c’est le moyen adapté à ses ambitions. Voilà pourquoi je recommande de faire des projets à tiroirs : commencer par un quelque chose qui génère du chiffre, et qui rassure nos futurs investisseurs, puis travailler sur l’étape 2 de la fusée. Il faut comprendre que l’investisseur n’a rien et on lui demande de mettre de l’argent sur la table, il parie seulement sur l’individu et sur l’équipe qui porte le projet. Il faut incrémenter au fur et à mesure, c’est prudent et c’est frugal. C’est le moyen le plus adapté. Mais démarrer petit pour certains projets, c’est peut-être démarrer avec deux millions d’euros ». Mise de départ importante ou pas, il apparaît important de rester humble et lucide face aux chiffres qui se multiplient. Et face à la situation, une fois enclenché le processus de création ou de reprise. Nathalie Carré avertit à ce sujet : « La deuxième erreur est de faire l’autruche, quand on n’est pas capable de payer une facture en se disant que ça ira mieux le mois prochain, c’est aller au-devant des problèmes. Un chef d’entreprise, ce n’est pas un super-héros, c’est une personne qui a le droit d’avoir des doutes… »

—— Pierre MOYON (Tribune Verte 2965)

Témoignage : UNE DEUXIÈME FERME AQUAPONIQUE PRÈS DE BORDEAUX

C’est en septembre 2021 à Mérignac qu’ouvrira « Odette », la ferme aquaponique imaginée par Thomas Boisserie et ses quatre associés, Laura, Paul, Clément et Édouard. Pour mener à bien leur projet, ces membres des « nouvelles fermes » ont sollicité l’Irdi, un fonds d’investissement régional, des business angels provenant de secteurs d’activité similaires, et contracté un prêt auprès de deux organismes bancaires et de la Banque des territoires. Après avoir levé 250 000 € pour développer le premier site, les cinq partenaires ont réussi à obtenir 2 M€ pour le nouveau projet, leur permettant également d’augmenter le capital de l’entreprise. Cette future implantation s’inscrit dans un processus à long terme découpé en plusieurs phases : expérimentale pour « Pauline », créée en 2019 à Lormont, et prototypage pour « Odette ». Cinq fermes sont aussi prévues dans cinq métropoles majeures de l’Hexagone en 2023, avant un déploiement de cent autres d’ici 2031. Les objectifs affichés par Thomas Boisserie et ses acolytes restent clairs : « Être un acteur de l’ESS, et venir s’installer sur des fonciers impropres à l’agriculture de pleines terres souvent polluées. » Comme sur un ancien remblai de 1 000 m2 pour Lormont, et sur 5 000 m2 situés sous le couloir aérien de  l’aéroport de Bordeaux Mérignac. Des initiatives louables alors que « 100 tonnes de produits frais par an correspondent à 1 % des besoins de Bordeaux Métropole ».