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L’accompagnement des salariés aidants, nouvelle priorité des DRH

L’accompagnement des salariés aidants, nouvelle priorité des DRH

Au regard de l’évolution démographique, le sujet des salariés aidants va se poser de façon durable pour les employeurs. Aménagement du temps de travail, soutien financier et psychologique… Des pistes existent pour accompagner les employés venant en aide à un proche dépendant, handicapé ou malade.

Démographie oblige, le sujet de l’accompagnement des salariés aidants va s’inviter sur le terrain social. D’ores et déjà, 18 % des salariés du secteur privé se déclarent aidant d’un proche dépendant, handicapé ou malade selon une étude de Malakoff Médéric. Avec l’allongement de la durée de vie, la hausse du nombre de maladies chroniques et l’arrivée des baby-boomers dans le grand âge, ces aidants devraient représenter un quart des actifs à horizon 2030.

Selon la même étude, 45 % des aidants déclarent avoir des difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Stressés, fatigués physiquement et psychologiquement, 36 % reconnaissent être sujets à des baisses de vigilance et des manques d’attention au travail. Soit dix points de plus que les autres salariés. Ce changement de mode de vie entraîne du côté de l’entreprise une hausse de l’absentéisme, un déficit d’engagement et de motivation et plus généralement des problèmes d’organisation du travail.

Le Code du travail prévoit un certain nombre de mesures spécifiques – congé de solidarité familiale, congé de proche aidant… – mais 39 % des aidants ignorent leur existence. La communication par le Gouvernement, le 23 octobre, d’un plan dédié devait étoffer le dispositif. Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn a déjà annoncé la création en 2020 d’un congé indemnisé pour les salariés qui soutiennent un proche âgé, malade ou handicapé.

Seul un aidant sur trois évoque ses difficultés avec son manager

Par méconnaissance, la majorité des aidants (67 %) se tournent vers les dispositifs classiques de type congés payés et RTT. Une manière aussi de ne pas dévoiler leur situation à leur employeur. Seul un aidant sur trois évoque ses difficultés avec son supérieur hiérarchique par peur, entre autres, d’être stigmatisé.

Pour Claudie Kulak, fondatrice de La Compagnie des Aidants (lire ci-contre), la sensibilisation des managers et des RH aux problèmes des aidants constitue un préalable avant tout mise en place d’un dispositif d’accompagnement. Il s’agit de créer une culture d’entreprise bienveillante afin de libérer la parole et reconnaître la situation de l’aidant, à défaut de véritable statut officiel.

C’est seulement une fois ce cadre posé qu’il est possible d’engager un plan d’actions. La première piste porte tout naturellement sur l’aménagement du temps de travail. Temps partiel, horaires individualisés, télétravail, abondement du compte épargne temps, don de congés payés entre salariés… Différentes mesures permettent d’offrir de la flexibilité aux aidants au-delà de ce que prévoit le cadre légal.

Le deuxième volet porte sur le financement. Un aidant se trouve face à des charges imprévues notamment dans le cadre du maintien à domicile d’un proche. Un employeur peut financer pour partie le chèque emploi service universel (Cesu), ce qui ouvre par ailleurs droit à des déductions fiscales. Il doit aussi rappeler ce que propose la mutuelle entreprise dans ce domaine.

Par ailleurs, un employeur peut soulager, pour partie, la charge mentale de ses salariés en proposant un soutien individuel dispensé par des psychologues et des assistants sociaux. Il s’agit, enfin, d’accompagner les aidants dans leurs démarches administratives et sociales auprès des organismes compétents et en les mettant en contact avec des associations d’aidants.

Entre l’adaptation d’un logement en vue de faciliter les conditions d’hébergement du proche ou recherche d’un établissement d’accueil temporaire ou permanent, de nombreuses questions se posent dans la nouvelle vie de l’aidant.

—— Xavier BISEUL (Tribune Verte 2923)

Avis d’expert : « LES AIDANTS SONT UNE RICHESSE POUR L’ENTREPRISE »

Claudie Kulak, fondatrice de La Compagnie des Aidants

Quel est le principal problème qui se pose aux salariés aidants ?
Le vrai sujet, c’est d’arriver à sensibiliser les RH et les managers sur le sujet des aidants. Ce collègue qui sort sans cesse du bureau avec son mobile à l’oreille vous agace ? Vous ne savez pas qu’il est train de régler une sortie d’hospitalisation pour son père. Vous traitez de tire-au-flanc une personne régulièrement en arrêt de travail alors qu’elle fait au contraire des journées doubles.

Nous sommes tous concernés. 62 % des aidants sont des actifs qui doivent concilier travail et aide à leurs proches. Rappelons aux managers qu’un aidant est une richesse pour l’entreprise. Il sait gérer une solution de crise, et encadrer du personnel dans le cas d’un maintien à domicile. L’aidant est d’ailleurs souvent un manager lui-même puisque la moyenne d’âge des aidants est de 52 ans. Si, en entretien d’embauche, un candidat vous dit : « Mon conjoint a fait un AVC » ou « J’ai un enfant polyhandicapé », ne lui fermez pas la porte. Il sera très investi dans son travail. La peur de la stigmatisation l’empêche toutefois de se signaler. Si je fais part de la fragilité d’un de mes proches, je risque de partir dans la prochaine charrette.

Comment battre ces préjugés en brèche ?
Il faut faire de la pédagogie auprès des managers mais aussi des salariés. Notre caravane « Tous aidants » a reçu récemment la visite de mille salariés en trois jours sur le parvis de La Défense. À titre personnel, je milite pour qu’il y ait un statut d’aidant afin que cela ne soit plus un sujet en entreprise. Les DRH se posent des questions sur le sujet, ils se sentent un peu perdus. Ils ont parfois mis des services en place mais ils ne sont pas utilisés car les collaborateurs ne se signalent pas comme aidants. Ils doivent donc revenir en arrière et repasser par la case pédagogie. Des tiers de confiance comme les associations d’aidants ou les assistantes sociales peuvent faire interface entre les salariés et la DRH. Parmi les entreprises particulièrement vertueuses dans le domaine, on peut citer Casino, Badoit, ou le laboratoire pharmaceutique Janssen.

Étude : SEULES 31 % DES ENTREPRISES SONT EN MESURE D’ESTIMER LE NOMBRE DE SALARIÉS AIDANTS

Selon une étude de Malakoff Médéric datant de 2017, 18 % des salariés du secteur privé se déclarent aidant d’un proche dépendant, handicapé ou malade. Au niveau des entreprises, seules 31 % se disent capables d’estimer le nombre de salariés aidants parmi leur personnel. Cette méconnaissance ne favorise pas la mise en place de politiques d’accompagnement. La plupart des entreprises (52 %) apportent une aide classique de type autorisation d’absence, télétravail. Seules 15 % considèrent véritablement le sujet en tant que tel. Ces sociétés plus matures identifient des problèmes d’absentéisme (59 %), d’organisation du travail (50 %), de démotivation (48 %) de perte de productivité (41 %), avec des répercussions directes sur la performance économique. Du côté des aidants, ils souhaitent disposer d’une information sur les aides possibles (64 %) et réclament de la flexibilité dans leurs horaires de travail (61 %). Ils se disent aussi intéressés par des formations pour mieux s’occuper de leurs proches (38 %).