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Lutter contre le présentéisme

Lutter contre le présentéisme

Faire des horaires à rallonge ou venir travailler malade, le présentéisme gagne du terrain dans les entreprises. Sujet tabou en France, ce surinvestissement professionnel est pourtant à l’origine de beaucoup de souffrance au travail.

L’absentéisme est une notion bien intégrée par les DRH. Ce n’est pas le cas du présentéisme, qui est pourtant son pendant logique. Ce terme, qui désigne une présence excessive au travail, peut prendre différentes acceptations. Il peut s’agir d’un salarié malade qui vient travailler alors que son état de santé réclame clairement un repos complet.

Ou bien d’un employé qui fait des horaires à rallonge selon l’idée typiquement française que la valeur d’un salarié se calcule au nombre d’heures qu’il consacre à son travail. Qui n’a pas entendu la fameuse question s’élever dans l’open space « Tu prends ton après-midi ? » quand un employé ose le premier enfiler son manteau ? Cette forme de présentéisme constitue paradoxalement une forme de désengagement. En effet, généralement, ces collaborateurs ne font pas preuve de plus de productivité. Certains font simplement acte de présence, consacrant ces heures supplémentaires à surfer sur Internet à des fins privées.

Denis Monneuse, dirigeant du cabinet Poil à gratter, parle de « présentéisme contemplatif » (lire son interview ci-dessous). Le « présentéisme stratégique » consiste, lui, à arriver tôt et à partir tard pour se faire bien voir de la hiérarchie.

Crainte de perdre son emploi ou de rater une promotion, absences non rémunérées, regards accusateurs des collègues… Les causes qui nourrissent le présentéisme sont nombreuses, et les conséquences le sont tout autant. Le salarié surinvesti met sa santé en péril et risque une dépression ou encore un burn-out, ce qui génère de l’absentéisme de longue durée.

Montrer l’exemple

Pour briser ce cercle vicieux, la DRH doit peser sur l’organisation du travail et sur le management. En effet, les cadres ont un devoir d’exemplarité. En partant à 18 h 30 pile, ils donnent le ton et imposent implicitement les horaires légaux à l’ensemble du personnel. Et pas question de prolonger la relation au travail en envoyant des mails à 21 heures !

C’est aussi au manager de renvoyer immédiatement chez lui un salarié souffrant. À l’inverse, un cadre arrivant au bureau avec 40° de fièvre envoie le signal qu’il attend la même attitude de ses subordonnés. Il s’agit aussi d’instiller un management bienveillant en accordant davantage d’autonomie aux salariés. Les directions paternalistes qui les considèrent comme de grands enfants irresponsables sont appelées à revoir leur copie.

À cet égard, le télétravail constitue un vrai lâcher prise. L’employé gère son temps loin du regard inquisiteur de son N+1. Le temps de présence ne devient plus un indicateur de performance. Seuls comptent les résultats et le travail accompli. Il en va aussi de la marque employeur d’une entreprise. Les horaires contraints peuvent paraître d’un autre âge aux générations Y et Z, rodées aux outils collaboratifs leur permettant de travailler en tout lieu et en tout temps. Il s’agira donc de freiner ces jeunes actifs et de leur apprendre à déconnecter.

—— Xavier BISEUL (Tribune Verte 2932)

Étude : 65 % DES SALARIÉS ONT DÉJÀ TRAVAILLÉ ALORS QU’ILS ÉTAIENT MALADES

Selon une étude de Malakoff Médéric Humanis, 28 % des arrêts maladie prescrits en 2019 n’ont pas été respectés. Un chiffre en hausse de cinq points par rapport à l’année précédente. Dans 11 % des cas, les arrêts ont été pris, mais pas en totalité, et pour 17 %, ils n’ont pas été respectés du tout. De manière générale, 65 % des salariés déclarent avoir déjà travaillé alors qu’ils étaient malades.
Pour expliquer ce renoncement, les salariés évoquent d’abord « qu’il n’est pas dans leurs habitudes de se laisser aller », puis que les journées non travaillées ne sont pas rémunérées. Les arrêts maladie sont davantage pris dans les grandes entreprises. Leur respect varie également en fonction de la durée : les arrêts longs sont respectés à 90 %, les moyens à 67 % et les courts à 75 %.
Près de la moitié des salariés (47 %) n’ayant pas respecté leur arrêt de travail disent le regretter a posteriori, et près de deux tiers des salariés (63 %) seraient favorables à bénéficier du télétravail au lieu d’avoir un arrêt maladie, si leur médecin le jugeait approprié. Un point de vue partagé par 80 % des dirigeants.

Avis d’expert : « LE PHÉNOMÈNE TOUCHE TOUTE LA POPULATION ACTIVE »

Denis Monneuse, directeur du cabinet Poil à gratter et auteur de l’ouvrage « Le surprésentéisme : travailler malgré la maladie »

Qui est concerné par le présentéisme maladie ?
Ce phénomène touche toute la population active. Une personne sur deux s’est rendue, au moins une fois au cours de l’année, au travail alors que son état de santé réclamait qu’elle reste au repos. Cela concerne aussi bien les personnes précaires, en intérim, en CDD ou en période d’essai, que les cadres dirigeants qui, disent-ils, ne vont pas s’arrêter pour une petite grippe. Les artisans, les commerçants, les professions libérales sont une autre population à risques. Leur activité dépend souvent de leur seule personne. Il en va de même des agriculteurs, qui en font parfois une question de virilité. Dans ce métier physique, il faut montrer que l’on a les épaules solides pour tenir l’exploitation. Il y a un déni de la douleur. De nombreux agriculteurs se rendent chez leur médecin en dernière limite, et refusent l’arrêt de travail tendu ou ne le suivent pas.

Que doit faire l’employeur pour lutter contre ce phénomène ?
L’exemplarité des cadres dirigeants est importante. La maladie fait partie de la vie. Personne n’est indispensable, il est toujours possible de déléguer. C’est également du devoir du manager de conseiller à un salarié de rentrer chez lui, afin de pas mettre sa santé en danger et de revenir plus rapidement. Car le présentéisme aggrave le cas, une grippe se transforme vite en pneumonie.

Avec le télétravail, il peut y avoir des arrangements entre le manager et le salarié malade. Exceptionnellement, un employé va travailler de chez lui pour éviter la fatigue des transports et pour ne pas contaminer ses collègues. Les médecins sont partagés sur la question. Ils craignent que l’on incite les gens à télétravailler alors qu’ils ont besoin de repos. Mais un cadre peut être stressé à l’idée d’avoir 300 mails à traiter à son retour, ce qui ne va pas accélérer son rétablissement. Le laisser télétravailler deux heures par jour pour gérer l’urgence peut parfois être un bon compromis.

Pourquoi ce sujet du présentéisme est-il tabou en entreprise ?
En France, nous avons toujours en tête le cliché du salarié tire-au-flanc. Les DRH sont aussi mal à l’aise pour en parler, craignant de créer de l’absentéisme. Pourtant, il vaut mieux une absence courte que prolongée à la suite d’un burn-out ou d’un AVC. Les DRH sensibilisent les salariés au sujet uniquement lors des épidémies, de type H1N1, pour rappeler les règles d’hygiène et de confinement, alors qu’il faudrait en parler tout au long de l’année. Du côté des salariés, il y a les regards des collègues. Certaines maladies chroniques ne sont pas visibles et peuvent faire naître des soupçons. « Hier soir, tu semblais pourtant en pleine forme. » C’est au manager et au DRH de faire taire ces suspicions en faisant passer le message que la personne est réellement malade, sans pour autant éventer le secret médical. Cette perception diffère en fonction de la taille de l’entreprise ou de l’équipe où évolue le salarié malade. Si le service dans lequel il travaille n’emploie que trois personnes, il culpabilisera. Il sait qu’il ne sera pas remplacé, ce qui occasionnera une surcharge de travail pour ses collègues.