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Plan d’entreprise : mon projet est-il viable ?

Plan d’entreprise : mon projet est-il viable ?

Quand le projet d’installation est bien avancé, le futur agriculteur est amené à en étudier sa faisabilité économique. Il s’agit d’une période cruciale pour obtenir un financement auprès des banques !
Zoom sur cette étape.

Dans le cadre d’une installation aidée nationale, le jeune agriculteur doit notamment présenter un plan d’entreprise (PE) sur quatre ans démontrant les capacités techniques et économiques de son exploitation. Le candidat peut effectuer cette démarche par ses propres moyens ou se faire accompagner par une structure pour réaliser une étude de faisabilité économique. Le point accueil installation (PAI) est notamment tenu de fournir la liste des prestataires pouvant proposer ce service.

Une étude sur sept ans

À la chambre d’agriculture de l’Eure, Éric Taburet, responsable d’équipe conseil d’entreprise, reçoit généralement des candidats, qui ont été orientés par le PAI de l’Eure et leur propose une étude de faisabilité de leur projet d’installation1. « Les objectifs de cette étude économique sont de mesurer la faisabilité d’un projet et d’en évaluer les risques. Elle permet notamment de discuter des besoins de financement qui sont souvent bancaires. Les deux grands types d’investissement sont liés à la reprise d’une structure ou à sa modernisation », explique-t-il.

L’étude prévisionnelle est réalisée sur sept ans et comprend différents éléments : une description détaillée du projet (ateliers…), un plan d’investissement et un plan de financement (prenant en compte l’autofinancement, les aides, les prêts bancaires…), les calculs des marges brutes et des charges de structures directes (entretien du matériel, semences…) et indirectes (amortissement des bâtiments…). Une fois tous les résultats compilés, plusieurs indicateurs sont analysés : l’excédent brut d’exploitation, les marges de sécurité du projet ou encore le revenu disponible. Selon les résultats, le projet peut être retravaillé. Différents scénarios sont par ailleurs testés afin de mesurer l’impact, par exemple, du renouvellement du matériel en année N+4 ou de la baisse du prix d’un produit au cours des sept années à venir. « L’idée est de voir la sensibilité du projet aux variations liées au produit », indique le responsable. Au terme de cette étude de faisabilité économique, qui peut nécessiter deux à trois rencontres entre le porteur de projet et le conseiller, le document est envoyé directement à la banque pour valider le plan de financement ainsi que le prêt. « Quand tout est validé, la version définitive sert à sortir e PE qui permet d’accéder à l’aide nationale ou à l’aide de la Région Normandie », précise-t-il. « Souvent, les porteurs de projet sont très optimistes sur la partie produit, sur la durabilité de ce qu’ils reprennent, sur les charges d’investissement… Mon rôle est de les prévenir », conclut-il.

—— Caroline EVEN (Tribune Verte 2927)
(1) Prestation faisant partie de l’offre ProAgri des chambres d’agriculture dont le coût s’élève à 2 000 € HT.

POUR ALLER PLUS LOIN

Témoignages

« La vente directe permet de dialoguer avec les consommateurs »

Marion Quenton, installée avec son mari depuis 2015 dans le Tarn À 27ans, Marion Quenton élève, avec son mari, 240 chèvres laitières. Si le lait est livré à la fromagerie locale, la viande est valorisée par Marion elle-même et vendue en direct. Son parcours et son projet lui ont valu de gagner le dernier concours Graines d’Agriculteurs qui récompense les agriculteurs les plus innovants dans leur domaine.

« J’ai toujours été passionnée par les animaux. Plus jeune, je m’imaginais vétérinaire, j’avais envisagé de m’orienter vers un bac S et de préparer le concours. Toutefois, grâce à mon beau-père, agriculteur, je me suis rendu compte qu’être éleveuse me correspondait mieux ! J’ai donc entamé des études agricoles jusqu’à l’obtention de mon BTSA ACSE1 en 2011, à Miramas (13). Durant mes études, j’ai rencontré mon futur mari et nous avons construit notre projet d’installation. Puisqu’il souhaitait poursuivre ses études jusqu’au diplôme d’ingénieur, de mon côté, après le BTS, j’ai commencé à travailler en tant que responsable d’un troupeau de 300 brebis laitières avec transformation fromagère. À 19 ans, cela m’a permis de me rendre compte que j’avais pris la bonne voie et, surtout, que j’en étais capable ! En plus de la transformation laitière, cette exploitation s’occupait de la vente directe de viande. Trouvant un grand intérêt à cette activité, j’ai souhaité ajouter une corde à mon arc en passant un CAP boucher. À la fin des études de mon conjoint, on s’est lancés activement dans la recherche d’une exploitation à reprendre. Notre zone de recherche s’étendait sur plusieurs départements autour de Toulouse. Nous avons contacté les RDI, les Safer, consulté les petites annonces… Après la visite de plusieurs exploitations, nous avons repris, fin 2015, une ferme céréalière de 60 ha située à Cadalen (81) qui faisait auparavant de l’élevage et qui possédait quelques bâtiments pour le troupeau. Notre projet a également évolué. Au départ, nous pensions nous installer avec un troupeau plus petit et transformer en totalité la production laitière. Après avoir échangé avec des agriculteurs et des techniciens, qui nous conseillaient de ne pas tout commencer en même temps (cultures, troupeau, transformation et commercialisation), nous avons préféré nous lancer en tant qu’éleveurs laitiers avec un troupeau plus conséquent de 240 chèvres. Nous livrons le lait à la fromagerie du Pic qui produit des fromages haut de gamme avec un cahier des charges strict correspondant à notre façon de travailler (pâturage, sans OGM, grille qualité du lait stricte). Au début, nous avions décidé d’intégrer une fromagerie une fois l’exploitation en croisière, mais finalement, après une année d’élevage laitier, nous avons rapidement renoncé à ce nouvel atelier qui nous prendrait plus de temps que nous n’en avons. Comme nous aimons le contact avec le consommateur et que nous voulions partager notre amour pour la viande caprine, nous avons créé la marque Lecabrier qui valorise la viande de nos chèvres et de nos chevreaux par le biais de colis de viandes, de charcuteries, de plats cuisinés en bocaux vendus dans des épiceries locales, dans des magasins de producteurs et en direct sur l’exploitation. Il nous paraît indispensable d’échanger avec le reste de la société, d’expliquer la réalité de nos métiers. »

—— Aude BRESSOLIER (Tribune Verte 2927)
(1) Analyse et conduite de systèmes d’exploitation.

Adrien Bézu, Gaec Bézu Haulleville (Pas-de-Calais) : « Même si j'ai un BTS ACSE, cette formation a été un plus »

En avril 2018, Adrien Bézu s’est installé en Gaec avec ses parents en reprenant 80 hectares de terre. Aujourd’hui, l’exploitation familiale, située dans le Pas-de-Calais, emploie un salarié, possède 60 vaches laitières (la production est livrée à une coopérative) et cultive 260 hectares de terres. « Avant, il n’y avait que des céréales et du lin. Nous avons diversifié la production avec davantage de lin et des pois de conserve sur 10 ha. Nous avions remis des betteraves sur 10 ha, mais il a fallu arrêter (à cause de la fermeture de l’usine Saint Louis Sucre) », explique-t-il. Ses démarches pour préparer son installation aidée ont démarré en novembre 2017 auprès du point accueil installation transmission du Nord-Pas-de-Calais. Dans le cadre du plan de professionnalisation personnalisé, il a suivi le stage obligatoire de 21 heures ainsi qu’une formation gratuite sur la gestion économique de son projet. « Même si je suis diplômé d’un BTS analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (Acse), cette formation a été un plus. Pendant trois jours, j’ai travaillé sur mon projet et sur sa rentabilité », estime-t-il. Grâce à cette formation et à l’accompagnement d’un centre de comptabilité et de conseil, il a ainsi pu réaliser l’étude économique de son projet et a présenté son plan d’entreprise sur quatre ans. Prévoir les aspects économiques et financiers de son projet sur plusieurs années a toutefois été complexe pour lui. Un an et demi après son installation, il a d’ailleurs des imprévus à gérer : « Nous avions réalisé un assolement prévisionnel sur cinq ans, mais nous avons dû arrêter la betterave. Ça change la donne, même si on a droit à une marge d’erreur. »

—— Caroline EVEN (Tribune Verte 2927)