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Pro Sain signe un retour aux sources (Pyrénées Orientales)

Pro Sain signe un retour aux sources (Pyrénées Orientales)

À 50 ans passés, Pro Sain, spécialisée dans la fabrication de conserves de fruits et de légumes biologiques, semble au sommet de sa forme. Son secret ? L’innovation, et surtout la qualité des recettes et des matières premières que l’entreprise achète de plus en plus sur le marché national.

La maison Pro Sain, implantée à Bages, à seulement quelques kilomètres de Perpignan, peut se vanter d’être l’une des pionnières des conserves de fruits et de légumes biologiques : légumes et plats cuisinés, sauces tomate, confitures, purées de pommes… Tout est parti de la conviction de son fondateur, Maurice Lescastreyres, pour qui une alimentation saine et naturelle était indispensable à la santé des consommateurs et à la préservation de l’environnement. À ses débuts, l’agriculteur entrepreneur utilise, pour la fabrication de ses premiers produits, des fruits et des légumes cultivés sans pesticides et sans engrais chimiques de synthèse. Nous sommes alors en 1968. L’entreprise connaît un développement rapide, avec la construction d’une usine en 1974. Pro Sain sera aussi l’une des premières sociétés en France à obtenir la certification « agriculture biologique » en 1990. Le marché de l’agriculture biologique entame alors une progression qui ne s’est toujours pas démentie. Dans ce contexte favorable, la société semble promise à un avenir radieux. Pourtant, elle aurait pu ne pas souffler ses 50 bougies l’an passé. Au début des années 2000, le chiffre d’affaires ne cesse en effet de s’éroder, et le dépôt de bilan semble alors proche. C’était sans compter l’arrivée de Brooks Wallin… Cet Américain, qui préside la holding Organic Stories, avait déjà racheté, en 2003, l’entreprise Favrichon & Vignon, spécialisée dans les céréales bio pour le petit-déjeuner. Il fait l’acquisition de Pro Sain en 2004, et entend alors redonner ses lettres de noblesse à la marque.

Le cocktail de la réussite

Dès lors, la société connaîtra une croissance annuelle constante à deux chiffres. Elle affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 18,5 millions d’euros et commercialise désormais 10 millions d’UVC (soit 4 300 tonnes de produits finis), en grande majorité dans les magasins spécialisés bio en France (70 % des débouchés). « Pour réussir ce challenge, il a fallu travailler sur tous les fronts, explique Brooks Wallin. C’est un savant cocktail d’investissements, de choix et de détermination. Nous avons ainsi travaillé sur les innovations : il a fallu revoir certaines recettes, en élaborer de nouvelles. Pour moi, il était primordial de faire reconnaître la marque pour la qualité de ses produits. Aujourd’hui, notre gamme compte près de 200 recettes différentes et a su d’adapter aux attentes des consommateurs. Parallèlement, nous avons fait un travail de fond sur le packaging, sur le marketing… » L’entreprise investit également dans l’outil de production. Les sept dernières années, 11 millions d’euros ont été injectés dans l’outil de production qui s’étend désormais sur près de 8 000 m².

Relocaliser les approvisionnements

L’autre grand challenge qu’entend relever Brooks Wallin est celui du développement de l’approvisionnement local. « À mon arrivée à la tête de l’entreprise, les approvisionnements se faisaient essentiellement à l’étranger. Depuis dix ans, nous essayons de privilégier les matières premières françaises. Aujourd’hui, elles représentent 50 % de nos achats. C’est un travail de longue haleine car en France, les producteurs cherchent avant tout à valoriser leurs productions sur le marché du frais. L’Italie ou encore l’Espagne sont plus habitués à travailler pour les clients de l’industrie. Ce qui explique pourquoi nos prédécesseurs s’approvisionnaient là-bas. C’est une question d’organisation et non de prix. Pour autant, nous avons réussi à développer des partenariats avec des coopératives, des négociants ou des producteurs français qui comprennent nos besoins et nos attentes. Notre but est de consolider ces relations dans la durée. » Jusqu’au début des années 2010, Pro Sain proposait des contrats annuels. Depuis, la société a développé des contrats sur trois ou cinq ans, avec un engagement ferme en termes de volumes achetés durant la première année, et des volumes qui peuvent être revus à la hausse (jamais à la baisse !) les années suivantes.

Un laboratoire grandeur nature

Pour ses 50 ans, l’entreprise Pro Sain a choisi d’écrire une nouvelle page de son histoire. Elle a acheté 9 ha de terres agricoles à Argelès-sur-Mer. « Nous venons de recruter un chef de cultures grâce à l’APECITA et nous devrions faire nos premières récoltes bio en automne, affirme Brooks Wallin. Avec la SCEA Terra d’Estrelles, nous souhaitons créer un laboratoire grandeur nature pour tester des variétés, d’autres types d’agriculture comme la biodynamie ou la permaculture, et pourquoi pas en faire un support de formation pour de futurs agriculteurs. Nous voulons être des initiateurs et apporter notre pierre à l’édifice de l’agriculture de demain. »

—— Aude BRESSOLIER (Tribune Verte 2909)

Pro Sain : En chiffres

  • Création : 1968
  • Chiffre d’affaires 2018 : 18,5 millions d’€
  • 60 salariés
  • 10 millions d’UVC vendues chaque année

Geneviève Giacone, directrice de Pro Sain :  « ACCOMPAGNER LA MONTÉE EN COMPÉTENCES DES SALARIÉS MOTIVÉS »

« L’entreprise Pro Sain compte aujourd’hui près de 65 ETP, alors que nous étions moins d’une vingtaine il y a 15 ans. Au vu du développement de l’activité, nos recrutements devraient logiquement se poursuivre. Une grande partie de nos salariés évolue sur des postes de production ou en lien avec la logistique. Ce ne sont pas des profils faciles à trouver. Cela s’explique peut-être par le fait que nous sommes dans un département, les Pyrénées-Orientales, où l’industrie agroalimentaire est peu présente. Donc les jeunes qui se forment dans ce secteur préfèrent souvent changer de région pour augmenter leur employabilité. C’est pourquoi notre politique RH nous pousse à accompagner nos opérateurs les plus motivés afin de leur faire gagner en compétences et de leur permettre d’évoluer vers des postes à responsabilité comme chef de ligne ou chef d’équipe, par exemple. Pour cela, ils sont, dans un premier temps, amenés à travailler en binôme pour acquérir les compétences inhérentes à leur future fonction. Par la suite, nous pouvons leur proposer de compléter leur formation par un CQP, par exemple. Ces formations professionnalisantes leur permettent d’aborder d’autres aspects du métier. Nous essayons également de susciter des vocations en ouvrant nos portes à des jeunes en formation. C’est un moyen de leur faire découvrir l’étendue des métiers (souvent méconnue) dans une industrie agroalimentaire. »

Son avis sur… 20 % DE BIO À LA CANTINE

La loi EGalim prévoit des repas composés d’au moins 20 % de produits bio dans la restauration collective, à compter du 1er janvier 2022. Qu’en pense Brooks Wallin ?

« Nous avons déjà été présents sur le marché de la restauration collective, mais nous avons préféré abandonner ce segment. Notre stratégie étant clairement de renforcer notre marque et sa renommée, nous perdions notre visibilité en ne devenant plus qu’une "commodité" pour ce marché. C’est pourquoi nous préférons nous concentrer sur les magasins spécialisés bio. Ces derniers doivent désormais mieux s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs. En leur proposant des produits qui allient qualité et praticité, nous participons à l’essor de ce créneau de distribution dans lequel nous croyons vraiment. De plus, il faut savoir qu’il est très compliqué de pénétrer la restauration collective. Je crains que ces marchés ne soient dirigés que par un seul critère : celui du prix bas. Je ne pense pas que cela participe à l’essor d’une agriculture biologique pérenne en France, sauf sur le plan local où c’est intéressant. »