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- Horticulture

Quand l'horticulture conjugue pragmatique et innovation

Quand l'horticulture conjugue pragmatique et innovation

Quels sont les principaux débouchés qu’offre la filière horticole, et à quels niveaux de diplômes sont accessibles ces différents métiers ?
Géraldine Lebreton : La filière offre une importante diversité de métiers qui sont accessibles à tous les niveaux de formation, du CAP agricole au diplôme d’ingénieur, en passant par le bac pro et le BTS. Ils peuvent également être accessibles à des personnes sans qualification ayant plutôt un profil autodidacte. En production, la filière fait appel à des ouvriers saisonniers à la fois non qualifiés mais aussi qualifiés. Suivant la taille de l’exploitation, il est possible qu’il y ait des postes tels que chef d’équipe et chef de culture. Nous trouvons aussi des postes dans les stations de conditionnement : chef de station, chef d’équipe, technicien agréeur qualité et conducteur de ligne. C’est un secteur délicat, car les salariés doivent manipuler des produits frais et fragiles. Le technicien agréeur qualité, par exemple, est chargé de vérifier la conformité des produits. Ces postes sont accessibles à des profils plus généralistes en lien avec l’agroalimentaire. Il existe aussi des postes liés au commerce, pour lesquels les recruteurs recherchent plutôt des profils bac +2. Enfin, le secteur de l’expérimentation recrute souvent des BTS et des ingénieurs.
Fabien Blanchot : On notera que l’horticulture, que ce soit en production fruitière, en cultures légumières ou en horticulture ornementale est un secteur qui recrute principalement en production. C’est pourquoi les niveaux les lus appréciés vont du CAP/BEP au BTSA, en fonction du niveau de responsabilité demandé.

Quels sont les principaux atouts de cette filière ?
G. L. : Au-delà du fait d’offrir une grande diversité de métier, l’horticulture est une filière où les possibilités de promotion sont réelles : il n’est pas rare que les salariés sans qualification gravissent les échelons en interne, en étant formés sur place. Les
ouvriers peuvent ainsi accéder à des postes de chef d’équipe ou de chef de culture après plusieurs années d’expérience. La formation professionnelle, au fil d’une carrière, permet également de compléter son champ de connaissances et de compétences. C’est aussi un secteur qui se remet beaucoup en question du fait de la grande concurrence des pays du Sud de l’Europe, comme l’Italie et l’Espagne, en termes de coût de la main-d’oeuvre. Le secteur est donc obligé d’innover constamment pour créer de nouveaux produits, de nouvelles formes de conditionnement. Un autre aspect positif de la filière est sa grande sensibilité à la protection de l’environnement, notamment à la limitation de l’emploi des produits phytosanitaires. Ainsi, de gros efforts sont réalisés pour encourager une transition vers la lutte intégrée, la prévention des maladies par l’observation et le recours à la lutte biologique. Nous constatons d’ailleurs que l’agriculture biologique s’est fortement développée au cours des dernières années. Selon  les derniers chiffres de l’Agence bio, près de 20 % des surfaces plantées de vergers sont conduites en agriculture biologique. Les surfaces en maraîchage bio sont certes plus faibles (5,6 % en 2017), mais connaissent elles aussi un important développement.

Quelles sont les compétences et les qualités recherchées par les recruteurs ?
F. B. : Travailler dans le secteur de l’horticulture nécessite avant tout un attrait pour le travail en plein air, mais la filière a surtout besoin de personnes pragmatiques et en prise avec le terrain. Dans les secteurs de la production et de la transformation, il faut aussi faire preuve de courage et posséder de bonnes aptitudes physiques : les ouvriers sont amenés à travailler dans des conditions parfois difficiles, dans la chaleur, dans le froid, en plein champ comme sous serre. Il est également nécessaire d’aimer travailler en équipe et d’être autonome, sensible aux questions environnementales et doté d’un sens de l’observation et de l’anticipation : les productions végétales sont soumises à des aléas qui ne sont pas forcément prévisibles, et il faut être réactif.
G.L. : Pour les métiers du commerce, ce sont les qualités relationnelles qui primeront. Le pragmatisme et la réactivité seront également appréciés, car les salariés ont affaire à des produits fragiles et périssables qui exigent une grande rigueur logistique. Enfin, pour l’expérimentation, outre les qualités d’observation, ce sont surtout des compétences liées aux connaissances en biologie qui peuvent être recherchées.
F. B. : Il est également à noter que les nouvelles technologies telles que la mécanisation, la robotisation, la palettisation et l’informatisation améliorent les conditions et l’organisation de travail. Mais ces avancées technologiques exigent de nouvelles compétences dans la conduite ainsi que dans la maintenance d’installations automatisées qui sont difficiles à trouver sur le marché.

Existe-t-il des métiers où les employeurs connaissent des difficultés à recruter ?
F. B. : La saisonnalité très forte de la filière entraîne un grand besoin de main-d’oeuvre ponctuelle, qui n’est pas toujours facile à trouver. Sur des postes permanents en production, les employeurs peinent aussi parfois à recruter des candidats qui ont les capacités physiques et les connaissances techniques requises (chef de culture maraîchage avec expérience confirmée). Les personnes occupant ces postes ont donc soit un profil avec une formation initiale de niveau CAP/BEP voire sont autodidactes ayant évolué au sein de l’entreprise, soit des BTS ou ingénieurs débutants possédant un bon bagage scientifique mais pas toujours suffisamment habitués au terrain. Pour compenser, ces derniers doivent être dotés d’une certaine autorité naturelle afin de piloter l’équipe.

Voit-on se développer de nouveaux métiers, des métiers d’avenir ?
G. L. : Plutôt que des métiers qui émergent, ce sont les métiers existants qui évoluent. Ceux de la production notamment, avec la montée de la protection intégrée des cultures. Il faut prendre en compte de plus en plus de paramètres comme la qualité des produits sur les plans gustatif et sanitaire afin de répondre à la demande sociétale. Les métiers de l’encadrement sont les premiers à évoluer : ainsi, les chefs de culture seront sélectionnés davantage sur leurs connaissances techniques qu’auparavant. Le domaine de l’expérimentation se développe également dans le but de créer des produits qui correspondent aux attentes des consommateurs, mais aussi pour sélectionner des arbres résistants aux maladies. Enfin, les métiers de la logistique peuvent évoluer pour répondre à la demande croissante de réduction des délais d’approvisionnement.

-- Aude BRESSOLIER (Cahier Expert Tribune Verte Horticulture)

ZOOM : Les chiffres clés de l’APECITA

En 2017, l’APECITA a traité 1 991 postes en horticulture (en production fruitière, en cultures légumières ou en horticulture ornementale). Les catégories de fonction visées restent principalement la production (42 %), l’achat et la vente (29 %), le conseil et l’animation (20 %), le conditionnement (17 %) et la recherche expérimentation (22 %).
54 % des postes sont accessibles à des niveaux bac +2, 34 % à des niveaux bac +3/4, 28 % à des diplômés bac +5 et 29 % des offres ne demandent pas de niveau d’études particulier (ces chiffres sont à prendre avec précaution, car une offre d’emploi peut être liée à trois niveaux de formation différents). Enfin, 52 % des postes proposés sont en CDI.