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Région connectée : Les hauts de l’AgTech

Région connectée : Les hauts de l’AgTech

Il n’y a pas que la pomme de terre et la betterave dans les Hauts-de-France… Les technologies numériques appliquées à l’agriculture se sont également fait une place, grâce à un environnement favorable. Focus sur quelques acteurs connectés.

Quel est le point commun entre le boîtier Samsys, la sonde thermométrique Javelot et les stations météo Sencrop ? Outre le fait que ces outils font partie du nouvel arsenal connecté des agriculteurs, les entreprises qui les ont conçues sont toutes les trois situées dans les Hauts-de-France. Coïncidence ? Pas si sûr. La région travaille en effet beaucoup sur les nouvelles technologies. Avec l’incubateur et accélérateur Euratechnologie, par exemple, les créateurs de start-up peuvent trouver un environnement favorable pour se développer : coaching, formations, mises en relation, accompagnement sur des salons, prototypage… Fondée en 2009 par le conseil régional Hauts-de-France, la Ville et la Métropole de Lille, la structure est implantée sur quatre sites, chacun spécialisé dans un domaine. Les porteurs de projet de l’AgTech sont ainsi accueillis à Willems, à 20 km de la métropole. Euratechnologies héberge aussi le Village by CA. Parmi les entreprises accompagnées : Sencrop, Karnott, Javelot, Agrikolis, Weenat, Samsys, Lituus…

Des formations adaptées

Mais pour accompagner de jeunes pousses, encore faut-il qu’elles aient l’idée de germer. Dans les Hauts-de-France, les deux écoles d’ingénieurs en agriculture ont développé des formations sur le sujet. Depuis 2018, Junia-Isa a ainsi mis en place, avec l’Isen-Lille, un cursus associant biologie et numérique accessible en post-bac. Après trois ans, les étudiants peuvent continuer en agriculture et smart farming ou en élevage de précision pour préparer un diplôme d’ingénieur. Le smart farming fait aussi partie de l’un des domaines d’approfondissement de la cinquième année d’ingénieur. Plus au sud de la région, UniLaSalle héberge une chaire agromachinisme et nouvelles technologies à Beauvais depuis 2015. Et l’institut polytechnique va lancer à la rentrée prochaine un bachelor agriculture, numérique et technologies embarquées. « Il y a deux ans, nous avons établi une cartographie des formations agricoles qui préparaient aux métiers de conseil et de maintenance en lien avec les nouvelles technologies. Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait attendre le niveau ingénieur pour que ce domaine soit pris en compte, explique Anne Combaud, directrice de formation agrosciences à UniLaSalle. Pour combler cette lacune, nous avons coconstruit une formation avec les professionnels de l’agroéquipement, la FNCuma, notre site d’Amiens, spécialisé en robotique et le lycée agricole de Savy-Berlette (62). » Les premiers étudiants sont attendus en septembre prochain. La première année est sous statut scolaire pour tous. Puis, alternance pour tous en deuxième et en troisième année. Des entreprises se sont déjà manifestées pour accueillir des alternants. Signe que cette formation répond à une vraie demande.

Agrilab, le fab lab pour agriculteurs

En parallèle, UniLaSalle propose déjà depuis septembre 2016, un parcours d’approfondissement agroéquipements et nouvelles technologies en quatrième et en cinquième année d’ingénieur. « Nous avons conscience qu’il est nécessaire de former dans ce domaine de compétence, insiste Anne Combaud. C’est pourquoi nous allons déposer un projet de recherche européen avec quatre autres universités agricoles en Italie, en Allemagne, en Autriche et au Royaume-Uni. Notre objectif est de comparer la manière dont nous enseignons ces agrotechnologies, afin d’améliorer notre enseignement. » Avec ce projet, UniLaSalle souhaite notamment internationaliser sa formation, afin que les étudiants soient sensibilisés aux diverses réalités et qu’ils puissent être connectés au terrain.

Un côté appliqué que les étudiants peuvent trouver grâce à un dispositif innovant sur leur campus : l’Agrilab. Occupant 1 500 m2 sur la ferme de polyculture-élevage, dans un bâtiment à énergie positive, cette structure dispose d’équipements pour pratiquement tout prototyper : des outils de découpe laser, d’impression 3D, de soudure… jusqu’aux outils de travail sur les data et les réseaux sociaux. Le lieu est ouvert aux étudiants d’UniLaSalle, dont 10 % viennent régulièrement. La vocation première du lieu est toutefois à destination des agriculteurs. « Notre objectif premier est d’accompagner les agriculteurs pour qu’ils viennent innover par eux-mêmes autour de leur métier », résume Mehdi Jaber, responsable de l’Agrilab, qui veut ainsi faciliter l’innovation ascendante, dans tous les domaines de l’agriculture : production, première transformation, commercialisation en circuits courts, production et/ou économie d’énergie. Avec un souci de durabilité.

« Notre méthode est celle des fab lab, créés par le MIT (Massachusetts institute of technology). Nous respectons leur charte, fondée sur la méthode collaborative et sur l’open source », indique le responsable, à l’origine du projet il y a cinq ans. Avec son équipe, où chacun a sa spécialité, il épaule les agriculteurs pour qu’ils créent leurs prototypes. Leur périmètre ? Les nouvelles technologies autour des agroéquipements, mais aussi un peu d’accompagnement de filière, comme c’est le cas avec une filière ortie actuellement. Depuis trois ans, l’ouverture d’une fab lab academy permet de former des managers. Deux étudiants préparent ainsi un double diplôme UniLaSalle/MIT. L’Agrilab bénéficie d’un soutien public pour son financement. L’équipe réserve aussi une partie de son temps à du prototypage sur commande. Résultat : utiliser les services de l’Agrilab est peu coûteux pour l’utilisateur. Un état d’esprit qui a déjà produit des résultats : l’équipe a aidé deux agriculteurs à mettre au point un RTK de guidage centimétrique libre, à moins de 1 500 €. L’outil fonctionne actuellement sur deux tracteurs dans l’Oise et dans la Somme. « Ça marche très bien, même sur un vélo ! » assure Medhi Jaber. Avis aux intéressés.

—— Irène AUBERT (Tribune Verte 2964)

Élevage bovin : LITUUS, LE COLLIER CONNECTÉ DES LAITIÈRES

Reproduction, santé, bien-être : tels sont les trois domaines dans lesquels le collier Lituus va collecter des données en temps réel et en permanence… et ainsi épauler les éleveurs de bovins dans la surveillance de leur troupeau. Grâce à  l’équipement de chaque vache laitière, les éleveurs peuvent être prévenus lors des périodes de reproduction, anticiper les problèmes de santé, suivre le confort thermique, la durée de pâturage… À la clé, de meilleures conditions de vie pour les animaux et de travail pour l’éleveur. Et donc de meilleurs résultats économiques. La start-up a été créée par l’espagnol Romàn Igual et le russe Viktor Toldov dans les Hauts-de-France.

Stockage : JAVELOT SURVEILLE LES SILOS

Conçu à l’origine pour les agriculteurs stockant à la ferme, Javelot est aujourd’hui une solution connectée de gestion de la température des grains dans les silos destinée aux organismes stockeurs. « Actuellement, nous avons plusieurs milliers de capteurs qui surveillent plusieurs millions de tonnes de grains en France », résume Felix Bonduelle, ingénieur agricole (UniLaSalle), cofondateur de l’entreprise avec Vindicien Delcourt, agriculteur dans le Pas-de-Calais.

Le principe ? Grâce à des sondes thermométriques implantées dans le grain, la plateforme va lancer des alertes échauffement si la température dépasse la consigne. Elle pourra alors déclencher une ventilation automatiquement. Autre point fort : l’outil va éviter de surventiler, et donc, permettre des économies d’énergie et un moindre recours aux insecticides. « La ventilation est le poste de dépenses numéro un dans les silos. Notre outil va générer des économies allant de 30 à 70 % », annonce le jeune chef d’entreprise. Ce dernier insiste sur l’accessibilité de Javelot : « Nous pouvons équiper un silo en quelques jours, avec quelques centaines d’euros. »

Les organismes stockeurs peuvent équiper leur propre parc de silos ou ceux de leurs agriculteurs qui stockent à la ferme. La start-up possède entre 100 et 150 clients, pour plusieurs centaines d’utilisateurs. Depuis 2018, l’équipe s’est étoffée jusqu’à atteindre une petite vingtaine de salariés. Et elle va encore se renforcer avec des développeurs Web, mais aussi des ingénieurs et des techniciens rattachés au pôle client